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Daouda Touré, Responsable de la communication à la DPM du Mali répond à nos questions sur : la stratégie de lutte contre le marché illicite de médicaments au Mali
ReMeD: Comment s’organisent les campagnes de lutte contre le marché illicite au Mali?
Daouda Touré: Pour lutter contre le marché illicite, ont été créées des commissions nationales, régionales et locales qui se composent de personnes qui travaillent aux douanes, aux affaires économiques, à la gendarmerie, dans la police, dans les associations de consommateurs, ainsi que des personnes de la société civile, de la municipalité, de l’administration et des ordres professionnels. Pour ma part, j’y suis en tant que membre de l’institution étatique [la DPM: Direction de la Pharmacie et du Médicament].
R. : En quoi consiste leur travail?
D.T : Dans un premier temps, elles ont produit des documents spécifiquement sur les problèmes du marché illicite de médicaments. Ces documents traitent des causes et des acteurs d’une telle pratique, de l’influence de ce marché sur l’économie et la santé des populations et des solutions à apporter. Dans un deuxième temps, les commissions ont mis en place un programme de mesures qui est relancé chaque année selon la même logique. En premier lieu, les commissions mettent en oeuvre des mesures de sensibilisation et d’information des acteurs sur les dangers du marché illicite de médicaments. Ces mesures sont mises en pratique pendant pendant plusieurs mois et visent les vendeurs et les populations. Elles passent par des messages radio, des sketchs, des slogans, du théâtre et des affiches (dont l’affiche ReMeD : “les médicaments de la rue, ça tue”). Des projets sont également mis en oeuvre spécifiquement à destination des marchands ambulants et dans les associations : des petits crédits par exemple. Les commissions passent ensuite à la phase de pré-répression avec des spots et des menaces puis à la phase de répression avec des descentes sur le terrain.
R. : Ont-elles obtenu des résultats?
D.T : Il s’agit d’un programme délicat. Ce marché regroupe des chefs importants et soudés. Parfois ils parviennent même à infiltrer les commissions... . Nous savons que les médicaments viennent du Nigéria et de la Côte d’Ivoire mais la DPM n’a pas le pouvoir de réprimer mais simplement de former des administratifs.
R. : Quelles sont les conséquences de telles pratiques frauduleuses?
D.T : Elles empêchent d’effectuer le contrôle de qualité des médicaments et entraînent un non-respect de la chaîne de distribution. Dans les pharmacies, il n’ y a pas que des médicaments licites, qui ont un numéro de lot, certains portent un numéro qui n’est pas conforme à ceux qui sont dans le circuit.
R. : Quand est-ce qu’a eu lieu la 1ère campagne de lutte contre le marché illicite au Mali?
D.T : Elle a eu lieu en 1999/2000 et c’est la DPM qui en a eu l’idée. Cette année, la DPM a pris une importance nationale, ce qui rend plus facile l’implication des personnes.
R. : Qui finance les campagnes?
D.T : Les campagnes sont financées par l’Etat, le fonds PPTE (fonds mondial pour les Pays Très Endettés) et l’OMS [Organisation Mondiale de la Santé].
R. : Dans quelle phase de la campagne 2005 vous trouvez-vous actuellement?
D.T : Nous avons fait une évaluation jusqu’en juin-juillet 2005 puis une relance périphérique. Jusqu’à la fin de l’année 2005 , nous serons dans la phase de sensibilisation et début 2006 nous ferons un bilan et nous verrons si nous passons aux mesures répressives. Chaque année, fin octobre ou début novembre, les commissions se regroupent pour établir un programme d’activités pour l’année suivante. Tout le monde est conscient du danger que représente le marché illicite de médicaments et veut apprécier au mieux la relance pour que le programme réussisse. Auparavant, la DPM n’était pas assez autonome car elle n’était qu’une simple division de la santé et il a été difficile de mobiliser les gens. Maintenant, elle dispose d’un rayonnement national donc peut traiter directement avec le Ministère de la santé et cette collaboration inter-sectorielle est nécessaire.
Propos receuillis par M.Chosseler.
Précédemment dans cette rubrique:Jean-Yves Videau : la qualité des médicaments (août 2006)Deidia Diallo : le rôle du pharmacien africain (janvier 2006) |