« Politique transfusionnelle : rationalisation et développement »
Journées Franco-Africaines de Lomé, 22-25 Novembre 1999.
Les deuxièmes Journées Franco-Africaines de Biologie Médicale se sont tenues du 22 au 26 novembre 1999 à Lomé, Togo. Organisées par ReMeD
dans le cadre du programme de formation continue du Ministère français des Affaires Etrangères. Elles ont réuni 60 participants de 13 pays (1), assistants techniques et homologues africains, intervenait dans le domaine de
la transfusion sanguine.
Il s’agissait de faire le point sur les stratégies transfusionnelles existant dans les différents pays, d’identifier les points à optimiser
selon le niveau des structures concernées, de discuter des différents éléments nécessaires au développement d’une politique transfusionnelle efficace. Interventions et débats ont abordé quatre thèmes
principaux : législation, sensibilisation et communication, pratique et sécurité transfusionnelles, gestion organisationnelle.
1. Législation transfusionnelle :
La cohérence d’une politique transfusionnelle est liée, en premier lieu, à l’existence
d’un cadre juridique qui codifie les différentes étapes : recrutement des donneurs, collecte et conservation du sang, fabrication de dérivés sanguins, contrôles
biologiques, délivrance, hémovigilance et traçabilité.
En Afrique, plusieurs pays disposent de texte législatifs depuis un certain nombre
d’années, d’autres ont rédigé des projets en cours d’adoption, d’autres n’ont encore aucun texte régissant leur pratique de la transfusion.
Plusieurs types de documents, textes de lois, circulaires, etc. ont été remis aux
participants, constituant une base de réflexion pour l’élaboration d’une législation adaptée. La prise de conscience de l’importance ce problème par les pouvoirs publics
paraît essentielle, ainsi qu’une harmonisation juridique au niveau de la sous-région.
2. Sensibilisation et communication :
La question du recrutement et de la fidélisation des donneurs de sang est cruciale en
Afrique. Une politique de sensibilisation existe dans certains pays : campagnes audiovisuelles, journées nationales du sang. Mais les réticences restent multiples : peur
de la piqûre, peur de connaître son statut sérologique, d’être affaibli ou contaminé ; tabous liés à certaines croyances, à une symbolique spécifique du sang.
Tous les participants ont exprimé les difficultés à fidéliser les donneurs. Mais de
nombreuses initiatives existent pour lutter contre les dons occasionnels : consultation médicale gratuite au centre de transfusion, attribution de diplômes et médailles,
amélioration de l’accueil et de l’information.
Le recrutement des donneurs doit être fondé sur les principes d’anonymat,
volontariat, bénévolat, non profit et responsabilité. La communication est à établir à deux niveaux : sensibilisation dans la durée, et aide à la décision sur le lieu de collecte, en valorisant le don de sang.
La création d’associations de donneurs de sang est indispensable pour motiver et
informer la population, pour développer des moyens adaptés et originaux. Ces associations constituent en outre une force vis-à -vis des autorités compétentes pour
obtenir des financements, et permettent d’établir des relations, nationales et internationales, avec d’autres types d’organismes, Croix-Rouge, secouristes.
3.
Pratique et sécurité transfusionnelles :
Pourquoi et quand transfuser ? Quels produits transfusionnels utiliser ? L’appréciation
de la tolérance clinique du déficit, l’analyse du ou des facteurs manquants (globules rouges, facteur de coagulation, etc.), l’évaluation du bénéfice thérapeutique sont des
préalables essentiels à tout acte transfusionnel.
En Afrique, les indications des transfusions recouvrent principalement la pédiatrie
(40%), et obstétrique (35%), et à un moindre degré, médecine, chirurgie et traumatologie.
Le sang total est encore trop souvent le seul recours, et le développement de la
préparation de culots de globules rouges doit se poursuivre, à côté de celle d’autres produits sanguins labiles (PSL).
Quels contrôles biologiques effectuer pour assurer la sécurité transfusionnelle ? Quel système d’hémovigilance instaurer ?
Les risques immunologiques transfusionnels sont liés à une incompatibilité entre le
sang du donneur et celui du receveur. Plusieurs examens sont essentiels avant toute transfusion : groupage ABO-Rh D, phénotypage Rh-K, recherche des anticorps
anti-érythrocytaires chez le receveur, contrôle pré-transfusionnel ultime.
La qualification bactério-virologique du don de sang doit être assurée par un
ensemble de tests de dépistage limitant le risque infectieux : TPHA, Ag HBs, Ac VIH, AlaT et Ac antiHBc, Ac HTLV, Ac VHC.
L’hémovigilance regroupe les procédures de surveillance organisées depuis la
collecte du sang jusqu’au suivi des receveurs. Elle a pour but de recueillir et d’évaluer les informations sur les effets inattendus ou indésirables de l’utilisation thérapeutique
de PSL et d’en prévenir l’apparition. La création, dans les pays africains, de réseaux d’hémovigilance répertoriant les incidents transfusionnels, évaluant et contrôlant
dispositifs médicaux et réactifs de laboratoire, doit être envisagée, associée à une meilleure collaboration entre services cliniques et établissements de transfusion.
4. Gestion organisationnelle :
La collecte et la conservation du sang obéissent à un certain nombre d’impératifs :
stérilité du prélèvement, PSL de bonne qualité et bien identifié, respect de la chaîne du froid. Une organisation rigoureuse est indispensable, comprenant la rédaction de guides
de bonnes pratiques de prélèvement et préparation, l’instauration d’une réactovigilance au laboratoire, mais aussi la formation d’ingénieurs biomédicaux pour une maintenance efficace des matériels utilisés.
La mise en place d’un système informatisé de traçabilité (fichier des donneurs,
utilisation de fiches nominatives de distribution, établissement de fiches d’incident transfusionnel …) devrait contribuer à l’optimisation des pratiques de la transfusion en Afrique.
Le développement de stratégies transfusionnelles africaines efficaces reste lié à une
volonté politique réelle associée à un accroissement des moyens financiers consacrés à ce secteur de la santé. Tous les participants ont souligné la prise de conscience
nécessaire des pouvoirs publics, et l’importance d’une collaboration internationale. Tous ont souhaité la poursuite de séminaires sur les différents thèmes d’intérêt identifiés, et
la constitution de réseaux consacrés à la transfusion, pour un échange accru d’informations et d’expériences.
Dr Gisèle BLAVY, pharmacien-biologiste  |