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“La constance du Jardinier” 
“The constant gardner”. Film US-UK de Fernando Meirelles, avec : Ralph Fiennes, Rachel Weisz, D.Harford, D.Huston, J.Keogh, H.Koundé, R.Mcabe, G.Mcsorley. Adapté du roman de John Le Carré. Sortie : 21 décembre 2005
Synopsis : Tessa Quayle, jeune et belle avocate anglaise, a été sauvagement assassinée près du lac Turkana dans le nord du Kenya. Son compagnon de voyage et amant supposé, médecin africain d’une organisation humanitaire, a disparu sans laisser de trace. Justin, l’époux de Tessa, diplomate de carrière au Haut-commissariat britannique de Nairobie et jardinier amateur, se lance dans une quête périlleuse de la vérité, bien décidé à mettre fin aux rumeurs qui salissent la mémoire de sa femme et à achever les projets entamés par elle. Cette aventure à travers toute l’Europe, le Canada, l’Afrique, lui fait découvrir le monde occulte de l’industrie pharmaceutique.
Outre ses indéniables qualités cinématographiques, “La constance du jardinier” est remarquable pour sa dénonciation des pratiques lucratives, bien réelles en dépit de la fiction, de l’industrie pharmaceutique. Qualifié de “polar altermondialiste” par La Tribune, le film s’inscrit clairement dans une critique générale de l’impact global des pratiques des multinationales, de la mondialisation et des relations nord/sud. Cependant, l’industrie pharmaceutique y est particulièrement montrée du doigt. Dans une interview à Télérama (n°2698 - 26/09/01), John Le Carré explique le choix de cette orientation : “il m’a semblé que l’exemple le plus saisissant [de l’exploitation du tiers-monde par les multinationales] était celui des groupes pharmaceutiques. C’est le domaine qui nous touche le plus intimement. C’est de notre santé qu’il s’agit, de celle d’une mère, d’un enfant, d’un amant...Ce milieu de la pharmacie m’attirait car il est capable du pire comme du meilleur. On pourrait certainement vivre dans un monde sans pétrole, mais pas sans médicaments...”
Plusieurs thèmes sont abordés: les dons de médicaments inadaptés, l’accès extrêmement restreint aux médicaments des populations d’Afrique, l’autorisation par l’OMC de pratiques tarifaires élévées sur les médicaments et les accords ADPIC ( Accord sur les droits de la propriété intelectuelle) garantissant à l’industrie, par la pratique des brevets, 20 ans d’exclusivité dans la production, l’utilisation et la vente des médicaments brevetés, y compris les ARV, les anti-tuberculeux etc. John Le Carré, au cours de la même interview, ne mâche pas ses mots : “Aujourd’hui encore, en Afrique sub-saharienne, 1% seulement des dizaines de millions de personnes séropositives ont accès aux médicaments. C’est de la folie! Ou, pour parler des choses par leur nom, un génocide. Non planifié, bien entendu. Un génocide par abandon”.
Et l’industrie ne manque pas d’arguments pour justifier ses pratiques. Comme le souligne l’ONG anglaise Oxfam à l’occasion de la sortie du film : “Les grandes compagnies pharmaceutiques prétendent que les prix élevés obtenus grâce aux brevets sont nécessaires au financement de la recherche et du développement de nouveaux traitements. C’est exact, jusqu’à un certain point. Ce sont majoritairement les pays riches qui tirent avantage de la R&D. Pourquoi les pays pauvres doivent donc en payer les frais?” Elle ajoute qu’ ”en pratique, la plus grande part des 40 millions de dollars que l’industrie pharmaceutique investit dans la R&D est consacrée à des médicaments qui sont, en fin de compte, vendus dans des pays riches, ou à la production de variantes des médicaments qui rapportent gros. Ce sont surtout les contribuables et les contributions privées, et non les multilanationales pharmaceutiques, qui financent la recherche médicale dans les pays en voie de développement [...] Les firmes ne sont pas des associations de bienfaisance. Elles doivent être concurentielles et satisfaire leurs actionnaires. Elles produisent cependant des médicaments qui sauvent des vies et reçoivent des brevets dans le but de remplir cette mission. L’industrie pharmaceutique se doit donc de garder une certaine responsabilité sociale en faisant des affaires et en revendiquant des réglements auprès des gouvernements”.
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