De: owner-e-med@usa.healthnet.org de la part de remed@remed.org Envoyé: lundi 23 avril 2001 10:50 À: e-med@usa.healthnet.org Objet: [e-med] Antirétroviraux en Afrique : revue de presse E-MED: Antirétroviraux en Afrique : revue de presse ------------------------------------------------------------------------- Les Sud-Africains devraient faire des économies sur les médicaments JOHANNESBURG, 22 avr (AFP) - 14h10 Les Sud-Africains pourraient faire l'économie de plusieurs centaines de millions de dollars à la suite de l'accord conclu le 19 avril entre Pretoria et 39 compagnies pharmaceutiques, a rapporté dimanche l'hebdomadaire Sunday Times. Le 19 avril, 39 compagnies pharmaceutiques ont mis fin à l'action en justice qui bloquait depuis trois ans l'application d'une loi favorisant l'importation de médicaments génériques bon marché en Afrique du Sud, pays le plus touché au monde par l'épidémie du sida. L'accord entre les compagnies pharmaceutiques et l'Afrique du Sud prévoit le maintien intégral de la loi sud-africaine de 1997 sur les médicaments, qui prévoit de faciliter l'importation, la fabrication et l'émission de licences pour les médicaments génériques, copies en général moins chères de médicaments de marque. Cet accord pourrait faire économiser aux Sud-Africains une somme estimée à 2,5 milliards de rands (306 millions de dollars / 340 millions d'euros), selon le directeur de la Santé, le général Ayanda Ntsalubi. Les consommateurs devraient bénéficier de coûts sensiblement réduits pour les traitements contre le diabète, la dépression, ou pour le contrôle de la tension artérielle. Un médicament anti-diabète de marque coûte trois fois plus que son équivalent générique, selon le fabricant de produits génériques Apen Pharmacare. En 2000, les Sud-Africains ont dépensé 6,9 milliards de rands pour des médicaments de marque contre 970 millions de rands pour des produits génériques. Aux Etats-Unis, le marché des génériques représente 60% des ventes de médicaments. A la suite du retrait de l'action en justice des laboratoires, des militants anti-sida tentent de faire pression sur le gouvernement et le secteur privé en vue de généraliser l'accès aux soins de 4,7 millions de Sud-Africains, soit un sur neuf, qui sont atteints par le virus VIH. Ils ont indiqué à l'AFP qu'ils feraient campagne pour l'apparition d'anti-rétroviraux dans le secteur public même si la ministre de la Santé Manto Tshabalala-Msimang a indiqué la semaine dernière que ce type de médicaments était trop onéreux. ***************** Communiqué de presse de MSF Afrique du Sud : Une victoire majeure pour l’accès aux traitements des malades dans les pays en développement Les compagnies pharmaceutiques capitulent sous la pression de l’opinion publique Paris, le 19 avril 2001. Aujourd’hui, 39 firmes pharmaceutiques ont abandonné le procès qu’elles menaient depuis trois ans contre le gouvernement sud-africain. Celui-ci va pouvoir adopter sa politique pharmaceutique visant à réduire le prix des médicaments pour les patients sud-africains, en permettant l’importation de médicaments à des prix abordables et l’usage accru de médicaments génériques de qualité. Les firmes ont retiré leur plainte sans aucune concession de la part du gouvernement sud-africain, et ont accepté de payer les frais du procès. Médecins Sans Frontières se félicite de ce retrait que l’association avait, avec d’autres, appelé de ses vœux. La réaction indignée de l’opinion internationale vient à bon escient rappeler aux industriels de la pharmacie que, s’ils sont bien des industriels comme les autres, les médicaments ne sont pas, eux, des produits comme les autres. L’abandon du procès est aussi, pour les chefs d’Etat africains qui se rencontreront la semaine prochaine au Nigeria, le message clair que les vies humaines doivent et peuvent prendre le pas sur les brevets industriels. « A présent, rien ne devrait entraver la volonté de gouvernements qui souhaitent garantir aux patients un accès durable à des médicaments à des prix abordables » a déclaré Ellen’t Hoen, conseiller juridique de Médecins Sans Frontières. Le retrait de cette plainte va aider les Etats à faire valoir au mieux leurs droits dans le cadre des règles commerciales internationales, afin de mettre en oeuvre des mesures en faveur de la santé, comme par exemple les importations parallèles et les licences obligatoires. « Nous ne pensons pas que les compagnies pharmaceutiques essaieront de conduire un autre pays en développement devant les tribunaux » a-t-elle conclu. Médecins Sans Frontières souhaite que les Sud-Africains bénéficient rapidement de cette loi de 1997. Nous souhaitons aussi que le gouvernement sud-africain ne diffère pas plus longtemps la mise en place d’une politique de traitement des malades du sida. Enfin, nous souhaitons que la solidarité internationale manifestée à l’égard de l’Afrique du Sud lève les craintes d’ autres gouvernements des pays en développement. Plusieurs Etats africains ont d’ores et déjà pris l’initiative de défendre la santé publique en organisant une session spéciale à l’Organisation mondiale du Commerce afin d’étudier l’impact des réglementations concernant la protection des brevets en matière de santé (cette session se déroulera le 18 juin 2001 à Genève au Conseil de l’Organisation mondiale du Commerce sur les accords ADPIC). « C’est réellement la victoire de David contre Goliath », a déclaré Zackie Achmat, Directeur de l’association sud-africaine TAC (Campagne d’accès aux traitements), « et pas seulement pour nous en Afrique du Sud, mais aussi pour tous ceux, dans bien d’autres pays en développement, se battent pour avoir accès à des soins ». La pétition appelant les industriels a retirer leur plainte a été signée par plus de 260 000 personnes, en provenance de 130 pays. Pour toute information complémentaire, vous pouvez contacter : Christine Marcilly au 01 40 21 28 97 Solenne Jouanneau au 01 40 21 28 42 Ou consulter le site www.paris.msf.org/presse ***************** Sida: les malades sud-africains vont encore devoir attendre par Steven Swindells et Patricia Reaney JOHANNESBURG/LONDRES (Reuters) - L'ampleur de la victoire juridique de l'Afrique du Sud sur les groupes pharmaceutiques est sensiblement atténuée par le fait que les médicaments génériques ne vont pas soudain affluer dans ce pays ravagé par le sida. Les dirigeants politiques sud-africains sont les premiers à faire comprendre que les 4,7 millions de séropositifs que compte le pays devraient encore attendre avant de bénéficier de traitements antiretrovirus à bon marché. Le ministère de la Santé a réaffirmé sa volonté de lutter contre la pandémie par l'éducation, la prévention et le traitement médical des maladies opportunistes associées au sida comme la pneumonie ou les maladies sexuellement transmissibles. "L'utilisation des antiretrovirus nécessiterait une décision politique à cause de ses implications budgétaires. Il est évident qu'aux prix actuels, elle n'est pas du domaine du possible", a déclaré la porte-parole du ministère, Jo-Anne Collinge. "Nous essayons de trouver la solution la moins chère pour obtenir les médicaments (...) mais je ne m'avancerai pas à fixer un calendrier", a-t-elle ajouté. Une rencontre entre le gouvernement sud-africain et les groupes phamaceutiques qui étaient parties prenantes dans le procès est prévue début mai. Plusieurs groupes phamaceutiques ont proposé à Prétoria des antiretrovirus à prix réduit mais le gouvernement sud-africain a refusé ces offres parce que leur coût était, selon lui, encore trop élevé et par manque d'infrastructure pour contrôler la distribution des médicaments. Dans une série d'interviews données après la victoire judiciaire sur l'industrie phamaceutique, la ministre sud- africaine de la Santé, Manto Tshasabala-Msimang, a réaffirmé que ces problèmes de coût et d'infrastructures restaient des obstacles à l'achat massif d'antiretrovirus. L'Allemagne s'engage Rien n'est en outre venu indiquer que le président sud-africain Thabo Mbeki pourrait revenir sur son refus d'autoriser la médecine publique à utiliser les antiretrovirus dont il a mis en cause l'efficacité. L'administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Mark Malloch Brown, a déclaré que le traitement médical ne suffirait pas à vaincre le sida et que la lutte contre la pandémie devait aussi être menée sur le front de la prévention. "Pour tout professionnel confronté à cette pandémie, la réalité est qu'il faut utiliser les deux moyens de lutte", a-t- il dit depuis New York à Reuters dans une interview réalisée par téléphone. "Dans une région où les dépenses annuelles de santé sont de 10 dollars par personne, il est totalement invraisemblable de penser qu'il est possible d'introduire des médicaments de ce genre et que le traitement résoudra le problème", a-t-il ajouté. Bien que sa mission première soit le développement, le PNUD joue un rôle prépondérant de coordination dans la lutte contre le sida dans les pays du tiers-monde ravagés par la pandémie. Interrogé sur l'issue du procès de Pretoria, Mark Malloch Brown a refusé de s'engager. "Les droits sur la propriété intellectuelle et commerciale doivent être respectés mais il faut aussi respecter le droit des pauvres à être soignés à un prix abordable", a-t-il dit. A Berlin, le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, a déclaré que son gouvernement allait tout faire, notamment dans le cadre du G8, pour pousser les pays riches à aider le tiers-monde contre le sida. "Face aux effets catastrophiques du sida et d'autres épidémies pour le développement du tiers-monde, nous appellons les gouvernements des pays industrialisés et les groupes pharmaceutiques à poursuivre sur la voie de la coopération", a-t-il dit. "L'Allemagne", a-t-il ajouté, "poursuivra cette action avec force dans le cadre du G8". ***************** Libération: Vers une «jurisprudence Pretoria»? Après la reculade des labos, les instances internationales bougent. Par CHRISTIAN LOSSON Le samedi 21 et dimanche 22 avril 2001 L'OMC suivra-t-elle Pretoria sur le sida ? Après le jet de l'éponge des laboratoires pharmaceutiques, jeudi, dans le procès intenté contre le gouvernement sud-africain (Libération des 19 et 20 avril), les réactions pleuvent. Depuis 1997, les «majors» bloquaient une loi sud-africaine court-circuitant le droit des brevets, valables vingt ans et permettant de produire et d'importer des médicaments génériques, notamment contre le sida. «Droit à la vie». Lâchés par tous ses alliés, de Washington à Bruxelles («N'importe quelle boîte de relations publiques leur aurait dit de laisser tomber depuis des lustres, mais visiblement ils étaient sourds», confiait hier un proche de Pascal Lamy, le commissaire européen au Commerce), pressés par une formidable coalition d'ONG qui revendiquait le «droit à la vie» contre le «droit au profit», les labos ont fini par céder. L'Organisation de l'unité africaine (OUA) y voit «une reconnaissance du droit à la santé», comme «base de développement socio-économique.» Surtout, l'OMC, qui se refusait jusqu'à présent à intervenir «dans une affaire interne à l'Etat sud-africain», est sortie de sa réserve. Selon Mike Moore, son directeur, le Trips (accord international sur la propriété industrielle) contient «toute la souplesse nécessaire pour répondre aux besoins de santé des pays en développement» et peut être utilisé «comme base pour résoudre l'accès aux traitements essentiels». Il est évidemment aujourd'hui beaucoup plus facile d'interpréter, largement, le Trips qu'avant la déroute en rase campagne des majors du médicament. Une réunion aura ainsi lieu en juin au siège de l'OMC, à Genève. Mais c'est surtout l'ORD, l'Organisme des règlements des différends, qui risque de sentir une légère pression sur ses épaules. Ce panel des juges de l'OMC doit rendre un avis sur la plainte, déposée en février, par les Etats-Unis contre le Brésil, accusé de «concurrence déloyale» pour avoir fabriqué des génériques... «Tout est permis.» Reste que Washington risque fort d'y regarder à deux fois à son tour avant de faire plancher ses avocats sur la question. «Le rapport de force a brusquement changé, note un expert. La dimension de santé publique prime sur la dimension juridique.» Awa-Marie Coll-Seck, une des directrices de l'Onusida, ne dit pas autre chose : «L'opinion publique s'est réveillée, confie-t-elle. Cette histoire a trop longtemps été polluée par des intérêts politico-économiques. Tout est permis désormais.» A commencer par espérer que le G8 tienne ses promesses et se mobilise financièrement dans l'aide au Sud. «L'Allemagne poursuivra cette action avec force», a promis, hier, Joschka Fischer, le ministre vert des Affaires étrangères. ******************** Nouvel Observateur TROIS QUESTIONS A... Geneviève Dischino "Il faut un droit explicite des médicaments" (20.04) Geneviève Dischino est membre de ReMed, Réseau Médicaments et Développement, responsable de la campagne internationale "Copy=Right". Les laboratoires ont-ils définitivement cédé? - Ils ont retiré leur plainte contre l’Afrique du sud mais les questions posées depuis plusieurs mois persistent. L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a tout de même reconnu que les mesures facilitant l'accès aux médicaments étaient prévues dans les accords TRIPS [Ndlr: accords de l'OMC régissant la propriété intellectuelle]. Les laboratoires pharmaceutiques s'y opposent, car ils ne veulent pas que les pays en voie de développement puissent recourir aux importations parallèles -produits des multinationales vendus moins chers sur certains marchés- ou aux licences obligatoires -productions locales de médicaments brevetés des grands laboratoires-, mesures adoptées par des pays comme l'Afrique du Sud et le Brésil. Grâce à une campagne d'opinion massive, ce problème a été soulevé, et les laboratoires craignent d’apparaître maintenant plus comme des financiers que comme des gens qui travaillent dans la santé. Il a fallu que des fonds de pensions américains, qui détenaient des actions de Pfizer, menacent de les vendre, pour que ce laboratoire accepte de baisser ses prix en Afrique du sud sur un médicament utilisé dans le traitement d’une infection liée au Sida. Les choses sont en train de s'organiser et les associations commencent à avoir un poids politique et à représenter une contre-pression. Est-ce la consécration d'un droit d'accès aux médicaments génériques pour les pays en voie de développement? - Je ne peux pas vous le dire, car il n'y a pas eu de jugement, donc rien n'est fixé. Par contre, je crois qu'il va falloir arriver à discuter, au niveau de l'OMC, d'un droit propre aux médicaments et d’une manière plus générale de tout ce qui a trait aux droits de l'homme, comme la santé et l'éducation,. Le problème a commencé en 1995 avec la signature des accords TRIPS sur la propriété intellectuelle, entérinés à Marrakech. Les pays industrialisés devaient les intégrer rapidement dans leur législation, les pays moins avancés avaient jusqu'à 2000, et les pays les moins avancés jusqu'à 2005. Par exemple au Brésil, la loi n'est entrée en vigueur qu'en 1996. Avant cette date, le Brésil avait copié huit antirétroviraux. Le Brésil, pour deux autres médicaments importés, a demandé une réduction des prix aux laboratoires Merks et Roche, ou envisage de prendre une licence obligatoire , une mesure prévue dans les accords TRIPS. Les Etats-Unis ont déposé une plainte devant l’OMC contre le Brésil. Cette loi est très générale et concerne tous les produits. On ne peut pas considérer les médicaments comme des auto-radios. Or ce système conduit à avoir des droits commerciaux qui priment sur des droits de l'homme, comme la santé. Les accords TRIPS doivent être clarifiés et les champs d’application de mesures comme les licences obligatoires précisés. Il va falloir arriver à un droit explicite du médicament. Que manque-t-il encore pour faire reculer l'épidémie de sida en Afrique? - Des médicament accessibles, des politiques de santé et un système de financement. Dans beaucoup de pays en développement, il n'y a pas de réel budget pour la prise en charge des malades du sida; c'est en train de se mettre en place avec les plans multi-sectoriels. Les pays africains ont demandé la réunion, en juin à Genève, d'une session spéciale de l'OMC sur le problème de la propriété intellectuelle et de l'accès à ces médicaments. Mais les Etats-Unis continuent de refuser en bloc qu'il y ait une concurrence par des médicaments copiés. Ils se retranchent derrière les systèmes de protection intellectuelle et refusent que des pays comme le Brésil ou l'Inde produisent des médicaments copiés et exercent une pression sur les prix mondiaux. Le gouvernement Bush a reçu des subsides énormes de l'association des industries pharmaceutiques. Cette association, le plus gros lobby aux Etats-Unis, remet chaque année au secrétaire d'Etat au commerce un document, nommé le spécial 301, dans lequel elle cible les pays qui lui posent des problèmes ou qui sont à surveillés. Propos recueillis par Jérôme Hourdeaux ******************** Collecte de fonds Panafrican News Agency (Dakar) April 22, 2001 Posted to the web April 23, 2001 Kampala, Ouganda Le président ougandais Yoweri Museveni a proposé aux dirigeants africains de faire une collecte de fonds afin de financer le traitement anti-rétroviral des 36 millions de séropositifs dans le monde. "On peut mener la collecte entre nous" a déclaré à Kampala le leader ougandais en fin de semaine dernière, à l'ouverture de la conférence internationale sur le meilleur traitement et la longévité des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique. "L'Ouganda pourrait contribuer jusqu'à 1 voire 2 millions de dollar pour aider les firmes pharmaceutiques à supporter les frais de recherche et de production" a déclaré Museveni. "Prêcher, dit-il, c'est pour les prêtres et non pour les firmes pharmaceutiques qui font des affaires afin de gagner de l'argent". La conférence de Kampala a été organisée par la Fondation Rockefeller, en collaboration avec le Centre de Recherche Clinique et l'Université Makerere de l'Ouganda. Le programme des Nations Unies pour le Sida, le National Institute of Health des Etats Unis et le Forum Mondial pour la Recherche en Santé, ont contribué au financement de la rencontre. Parmi les participants, on notait des experts scientifiques, des organes des Nations Unies, des donateurs, de même que des personnalités politiques et des personnes atteintes du sida. ******************* Le Kenya envisage d'importer des médicaments génériques anti-sida Panafrican News Agency (Dakar) April 20, 2001 Posted to the web April 20, 2001 Nairobi, Kenya L'importation de la version générique des médicaments anti sida pourrait être autorisée au Kenya si un projet de loi présenté récemment devant le parlement est adopté. Selon les autorités sanitaires à Nairobi, la modification du projet de loi sur la propriété intellectuelle devrait entraîner une importante réduction des prix des médicaments anti sida s'il est approuvé, sans violer le traité de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le Kenya est signataire. Le ministre de la Santé publique, M. Sam Ongeri a déclaré, Jeudi, devant le parlement kényan que les médicaments anti sida étaient trop chers, ajoutant que le pays avait présentement besoin d'un budget de 12 milliards de shillings par an pour l'achat desdits médicaments (1 dollar américain = 78 shk). Le budget total du ministère de la santé est de 9 milliards de shillings kényans. M. Ongeri s'exprimait ainsi après le retrait par 39 firmes pharmaceutiques de leur plainte contre le gouvernement sud africain qui prévoit d'importer ou de fabriquer des médicaments génériques anti sida moins chers. Au Kenya, une campagne similaire menée par une coalition d'ONG a persuadé un géant pharmaceutique mondial, Glaxowelcome, de faire baisser le prix de ses produits de façon substantielle. Par ailleurs, l'équipe kényane chargée de la lutte contre le Sida veut que le gouvernement demande aux autres compagnies pharmaceutiques majeures de diminuer leurs prix à un niveau abordable. Le responsable de cette équipe, Keneth Chebet a fait observer à Nairobi que les prix des médicaments utilisés pour limiter les charges virales des malades étaient t rop onéreux pour le citoyen moyen et que le gouvernement n'était pas en mesure de les leur procurer. "Le citoyen kényan ordinaire n'a pas les moyens d'acheter ces médicaments, il en est de même pour le gouvernement", a-t-il fait remarquer. Il a ajouté qu'il faudrait plus de 12 milliards de shillings kényans tous les ans au ministère de la Santé pour obtenir ces produits. M. Chebet a également demandé au gouvernement de réduire les taxes sur l'importation de matériel médical afin de faire baisser le coût des services médicaux au Kenya. Les institutions de santé répercutent par la suite une Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 18 pour cent au patient, ce qui rend le coût de tels services exhorbitant, a-t-il déploré. ******************* Les employeurs confrontés au ravage de la pandémie Panafrican News Agency (Dakar) April 22, 2001 Posted to the web April 23, 2001 Nicodemus Odhiambo Dar Es Salaam, Tanzanie Les employeurs tanzaniens sont confrontés aujourd'hui au ravage de la pandémie du VIH/SIDA au sein de leurs agents, avec comme conséquence la baisse de la productivité et l'accroissement des charges indirectes liées à la maladie. Cette difficulté est accrue d'autant qu'ils ont du mal à convaincre leurs employés à prendre conscience du mal, qui a pris de l'ampleur, et les idées fausses véhiculées. Les enseignants qui meurent de Sida sont plus nombreux que le nombre d'enseignants diplômés sortant des écoles de formation. Et ceux qui meurent ne sont pas systématiquement remplacés. La compagnie nationale d'électricité de Tanzanie, Tanzania Electric Supply Company, a perdu au moins 500 employés victimes de la même maladie en l'espace de 10 ans depuis 1990. Seul établissement public à briser le silence sur la maladie en son sein, elle révèle que le nombre de personnes mortes du Sida représentait presque neuf pour cent du total de son effectif durant cette période. Mais la situation n'est pas différente dans les autres organismes publics comme le révèle les statistiques du Fonds de pension. 90 pour cent des décès dans les entreprises contrôlées par l'Etat sont liées à la terrible maladie. Il en est de même dans le secteur privé. Une récente enquête anonyme sur le VIH/SIDA menée par la Fondation africaine pour la recherche médicale (AMREF) et d'autres organisations dans plusieurs entreprises tanzaniennes, a montré un taux de prévalence du Sida situé entre 5 et 25 pour cent chez les employés. "La situation est très grave", a fait observer Justine Mbonde, un des enquêteurs. Les coûts liés au VIH/SIDA pour une entreprise ou une organisation peuvent être astronomiques. Que ce soit en termes de baisse de la productivité ou tout simplement en termes d'absentéisme, a-t-elle souligné. Les entreprises font d'énormes dépenses en matière de soins médicaux, de production et de frais funéraires pour les employés qui ont été affectés par la maladie incurable. De plus, elles doivent verser des primes d'assurance le cas échéant, et des fonds de pension en cas de retraite anticipée ou du décès des victimes. Mais la façon dont la question est globalement abordée paraît plus hasardeuse que ses implications sous jacentes, en raison des nombreuses idées fausses qui entourent la maladie dans le pays. AMREF indique, dans une étude de base menée en 1999 parmi 26 entreprises du secteur privé à Dar es Salaam et à Zanzibar, que malgré la forte sensibilisation sur cette maladie, certains travailleurs avaient toujours des idées fausses au sujet des modes de transmission. Au cours de cette étude, 38,9 pour cent des personnes interrogées soit 443 travailleurs sur 1.140 sondés, croyaient que le fait de partager des toilettes avec un séropositif pouvait faciliter la propagation du virus, tandis que 9,7 pour cent des personnes soit 113 individus sur 1.161 personnes pensaient que le fait de partager le même matériel sur le lieu de travail pouvait transmettre la maladie. 7,2 pour cent soit 85 pour cent sur 1.178 personnes étaient persuadées que serrer la main à quelqu'un suffisait à se faire inoculer le virus du VIH. "Pour se débarrasser de telles idées fausses et de tels mythes, les travailleurs doivent être informés sur l'essentiel du VIH/SIDA. Les employeurs doivent mettre en place des programmes de sensibilisation au Sida à cette fin", a recommandé Mme Mbonde dans un document d'orientation sur le VIH/SIDA. Malheureusement, les comportements à risque, comme la multiplication de partenaires, une sexualité non protégée, l'usage de drogue ou d'alcool qui aggravent l'expansion du virus, prévalent toujours chez des travailleurs. Cette étude a découvert que 1,3 pour cent des personnes soit 11 sur 825 enquêtées avaient eu des rapports avec plus de 5 partenaires sexuels différents dans la même semaine, tandis que 7,8 pour cent soit 64 personnes interrogées sur 825 avaient eu entre deux à cinq partenaires différents dans la même période. L'usage du préservatif est faible. A peine 40 pour cent soit 560 sur 1.129 sondés ont déclaré avoir déjà utilisé ce moyen de protection, mais ne s'en servaient pas systématiquement. Selon Mme Mbonde, "les employeurs doivent s'assurer que leur personnel a des informations relatives à la prévention contre le VIH et les risques encourus, afin d'avoir des effectifs en bonne santé". Ayant pris conscience de l'impact de la maladie sur l'activité de l'entreprise, les organisations, les entreprises et les employeurs tanzaniens se penchent maintenant sur les défis posés par cette hémorragie persistante dans l'espoir de renverser la tendance. "Il est donc tout à fait justifié d'investir dans des programmes de prévention, de traitement et de soutien en vue de juguler la baisse de la productivité et de la rentabilité", a dit Mme Mbonde. ******************* RECUL DES MULTINATIONALES PHARMACEUTIQUES Après Pretoria, quelle politique contre le sida ? (20 avril 2001) http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/pretoria/ C'EST une grande victoire que viennent de remporter, à Pretoria, les malades du sida des pays pauvres. En abandonnant, le 19 avril 2001, le procès intenté trois ans plus tôt au gouvernement sud-africain, les plus grandes compagnies pharmaceutiques mondiales subissent une humiliante défaite. Face à une opinion publique qui, dans le monde entier, s'est mobilisée en faveur de l'accès aux traitements - suite à la campagne lancée enjuillet 2000, depuis la Conférence de Durban, par des activistes sud-africains -, ces firmes ont vu de jour en jour l'étau se resserrer autour d'elles. Leurs arguments juridiques - sans doute le savaient-elles dès le début - ne tenaient pas, mais elles voulaient faire de ce procès un exemple. Elles ont hier reconnu que les lois sud-africaines incriminées, qui visaient à utiliser les clauses de sauvegarde des accords mondiaux sur les droits de propriété intellectuelle, étaient conformes au cadre de ces accords. Elles risquaient aussi, au cours du procès, de se voir obligées de mettre sur la table leurs secrets les mieux gardés : politique tarifaire (les prix sont négociés pays par pays, et dépendent du rapport de forceinternational), sources de financement de la recherche anti-sida (on se serait ainsi rendu compte de l'escroquerie que représentent ces brevets censés financer la recherche, alors que la plupart des molécules innovantes sont développées au sein d'organismes publics puis transmises aux firmes sous licence d'exploitation exclusive !), etc. Mais le risque le plus important fut souligné par le représentant américain au commerce de l'administrationBush, M. Robert Zoellick. Cette controverse, déclarait-il lors du premier important entretien avec la presse qui suivit sa nomination, « sera un test de la capacité [de l'administration américaine] à renforcer l'adoption des principes du libre-échange aux Etats-Unis et dans le reste du monde. (...) Le retour de bâton [qui] se prépare contre l'industrie pharmaceutique pour l'affirmation agressive de ses droits de brevets face à une crise sanitaire monumentale (...), l'hostilité que cela génère pourraient mettre en péril tout le système des droits de propriété intellectuelle (1). » Ce système repose, depuis 1994, sur l'accord international dit Adpic (aspects des droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce), qui fixe un cadre général tout en maintenant certaines exceptions lors, par exemple, d'urgences sanitaires. Un accord dont les effets sont contestés ailleurs, du secteur agricole à celui du logiciel, et qui témoigne d'une volonté de privatiser, systématiquement, tous les savoirs, quelle que soient leur origine et leur utilité. Seul mérite de cette guerre du médicament livrée par les multinationales : celui d'avoir déclenché, chez les producteurs et utilisateurs de « propriété intellectuelle », la prise de conscience qu'un enjeu global les réunit tous : l'existence de ce que certains qualifient de « domaine public de l'information », ou d'« écologie de la connaissance ». On aura vu les défenseurs du logiciel libre converser avec les activistes de la lutte contre le sida, s'intéresser aux semences agricoles et à la biodiversité. Et ce mouvement s'amplifie. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), a décidé le 4 avril de mettre tous ses cours sur son site Internet, à la disposition de tous : « Nous espérons que nos supports de cours seront traduits, commente le professeur Lerman. Les pays en développement ont besoin d'information, et doivent développer des infrastructures et des institutions (2). » Dans les milieux de la recherche, une pétition circule pour exiger des revues scientifiques qu'elles ouvrent leurs archives gratuitement à l'ensemble des étudiants (3). Et la notion de « bien public global » commence à être discutée en-dehors des institutions internationales... Hier, à Pretoria, un verrou a sauté. Mais combattre le sida demandera bien plus. Les pays du Sud vont devoir définir leur politique de soins, de médicaments (production ou importation ? génériques ou molécules sous brevet? négociation des prix ou jeu de la concurrence ? etc.), les industriels, au Nord comme au Sud, mettre en place des capacités de production adéquates, et la communauté internationale trouver les moyens de soutenir l'accès aux traitements. La proposition qui domine les débats est celle que fait, depuis Harvard, l'économiste Jeffrey Sachs (4). Elle consisterait à mettre sur pied un fonds international, sous la tutelle de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Onusida, qui serait alimenté par les Etats-Unis, l'Europe, le Japon et des donateurs privés comme M. Bill Gates. Avec 1,1 milliard de dollars pour 2001, il serait possible de traiter, dans un premier temps, un million de personnes, en achetant en gros des molécules sous brevet ou sous licence. Pour de nombreuses organisations internationales, cette proposition est séduisante. D'abord parce qu'elle est constructive. Elle est aussi la moins dérangeante : un nouvel appel à la générosité des pays riches, la relégitimation des firmes pharmaceutiques dans leur « propriété » sur les médicaments, et la gestion de la crise sanitaire depuis le Nord. Autant d'aspects qui mériteraient qu'émergent d'autres propositions. Et que s'engage le débat de l'après-Pretoria. PHILIPPE RIVIÈRE. Philippe.Riviere@Monde-diplomatique.fr (1) Paul Blustein, « U. S. Trade Envoy Signals a New Approach to Tough Issues », International Herald Tribune, Paris, 14 mars 2001. (2) Voir le site du MIT. http://web.mit.edu/newsoffice/nr/2001/ocw.html (3) Libération, 14-15 avril 2001. http://www.liberation.fr/multi/actu/20010409/20010414samr.html (4) Voir le site du Center for International Development de l'université Harvard, Boston. http://www.cid.harvard.edu/ « Le Monde diplomatique » Sur l'apartheid sanitaire * « Stratégies mondiales pour la santé populaire », par Philippe Demenet, mars 2001. http://www.monde-diplomatique.fr/2001/03/DEMENET/14920.html * « L'exemple bangladeshi », par Philippe Demenet, mars 2001. http://www.monde-diplomatique.fr/2001/03/DEMENET/14921.html * « L'épidémie, fille de l'inégalité », par Cécile Winter, septembre 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/09/WINTER/14242.html * « Sida, fin de l'indifférence », dossier du 7 juillet 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/sida/ * « Contre le sida, l'arme du débat », par Dominique Frommel, décembre 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/12/FROMMEL/14605.html * « Gisements d'infection », par Pilar Estébanez, décembre 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/12/ESTEBANEZ/14604.html * « Le facteur guerre », par Pilar Estébanez, décembre 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/12/ESTEBANEZ/14603.html * « Scénarios de chaos », décembre 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/12/A/14606.html * « En Afrique, une affaire de mort et de pauvreté », par Anatole Ayissi, décembre 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/12/AYISSI/14602.html * « Les firmes pharmaceutiques organisent l'apartheid sanitaire », par Martine Bulard, janvier 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/01/BULARD/13280.html * « Préserver l'avenir ? », janvier 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/01/RIVIERE/13281.html Sur la propriété industrielle * « A qui appartiennent les connaissances ? », par Philippe Quéau, janvier 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/01/QUEAU/13278.html * « Biens publics globaux, un concept révolutionnaire », par Inge Kaul, juin 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/2000/06/KAUL/13929.html Cartographie : * « L'épidémie dans le monde », par Philippe Rekacewicz, juin 2000. http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/sida2000 Lire aussi * Daniel Cohen, « La propriété intellectuelle, c'est le vol », Le Monde, 7 avril 2001. http://www.lemonde.fr/rech_art/0,5987,170287,00.html * Olivier Blondeau, « Qui sont les prédateurs ? », Le Monde interactif, 28 mars 2001. http://interactif.lemonde.fr/article/0,5611,3044--165683-0,FF.html Sur la toile * Campagne sud-africaine pour l'accès aux traitements http://www.tac.org.za/ * voir aussi les liens du dossier du 7 juillet 2000 http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/sida/ -- Adresse pour les messages destinés au forum E-MED: Pour répondre à un message envoyer la réponse au forum ou directement à l'auteur. 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